Ecrire la berceuse du bébé (la sienne !) pour l’accueillir en douceur

Je ne vous en ai pas encore parlé, mais depuis plusieurs mois, j’ai été accompagnée en chant par une femme formidable, accompagnement qui s’est transformé en cours de chant prénatal à l’annonce de ma grossesse. La pratique du chant prénatal permet de travailler l’ancrage au sol, le lâcher-prise, le placement, la respiration, prendre conscience de la fluidité des énergies, placer les sons et les vibrations dans le corps, masser bébé, entrer en lien avec lui, et puis préparer la gestion de la douleur des contractions à venir. Un magnifique accompagnement, apaisant et libérateur. On a travaillé avec ma « coach de la voix – art thérapeute » certaines chansons, plutôt africaines de fait, cette teinte m’accompagnant depuis le début de la grossesse (j’ai vécu mon 2ème mois de grossesse au Sénégal à danser sur les rythmes du Sabar).

Tout au long de cet accompagnement, je me suis retrouvée confrontée à plusieurs reprises à la difficulté de me souvenir de chansons que j’aimais, que j’avais envie de chanter pour mon bébé, pour pouvoir les travailler en cours. En parallèle, je sentais la pression montée quand j’entendais « à partir du 7ème mois, le bébé entend, il sera capable de reconnaître des musiques et des chants qu’il a entendu dans le ventre, et cela l’apaisera. ». Le temps passait, et je n’avais toujours aucun rituel musical à proposer à mon bébé. J’ai tenté la musique classique avec Schubert, Mozart, les playlists de relaxation pour femmes enceintes. J’ai recherché des comptines du monde, emprunté plusieurs CD à la médiathèque, écouté les différentes interprétations d’« Une chanson douce que me chantait ma Maman » de notre cher Henri Salvador … Rien de tout cela ne m’a aidé à mettre le doigt sur SA chanson, SA musique. Je me sentais par moment désolée face à ce grand vide d’inspiration musicale. Quelle chanson allais-je pouvoir transmettre, dédier à mon bébé avant sa naissance afin qu’elle l’accompagne dans ses premiers mois de vie et plus ? De son côté, le futur Papa lui aussi portait l’envie de composer une chanson pour le bébé. Seulement voilà, ni le futur Papa ni moi ne sommes musiciens. S’il fallait nous définir, nous serions plutôt danseurs.

Et pourtant, de façon constante et tout au long de la grossesse, des mélodies, des notes et des textes me sont venues naturellement, avec une belle fluidité, comme sortis de mon cœur et de mes tripes, parfois en pleine nuit, parfois au réveil ou à tout autre moment de la journée. Je me suis entendue régulièrement et de façon spontanée chantonner ou murmurer des chants et des mélodies à mon bébé, comme ils venaient, comme s’ils émergeaient des profondeurs de mon âme (de son âme ?), ou alors était-ce le chant de mon utérus, le chant de son petit être. Cela a évoqué pour moi une tradition d’une tribu africaine, lue dans un livre sur la grossesse : Dans cette tribu africaine, la date de naissance d’un enfant ne dépend ni de son jour de naissance ni de sa date de conception, mais du jour où l’enfant se manifeste en pensée dans l’esprit de sa mère.
Dès l’instant où la femme décide d’avoir un enfant, elle s’isole en allant s’asseoir sous un arbre et elle écoute, patiemment, jusqu’à ce qu’elle puisse entendre la chanson de l’enfant qui souhaite s’incarner en elle.
Après avoir écouté sa chanson, elle revient vers l’homme qui sera le père de l’enfant, pour la lui enseigner. Ensuite, quand ils font l’amour, ils chantent pendant sa conception la chanson de l’enfant en guise d’invitation.
Quand la femme est enceinte, elle enseigne la chanson de l’enfant aux sages-femmes et aux vieilles femmes du village pour que, quand l’enfant vient au monde, les vieilles femmes et les gens autour d’elle chantent la chanson de l’enfant afin de lui souhaiter la bienvenue.
L’enfant grandissant, on enseigne sa chanson aux villageois.
Si l’enfant tombe, ou se fait mal au genou, lorsque quelqu’un s’occupe de lui, il lui chante sa chanson. Lorsque l’enfant fait quelque chose de magnifique ou passe par les rites de puberté, une des façons pour les gens du village de l’honorer est de lui chanter sa chanson. »

C’est dans ce contexte, que je me suis lancée le défi d’écrire sa chanson, à ma façon et avec son papa, avant sa naissance.

Avec son Papa, nous affectionons particulièrement une berceuse latinoaméricaine (il est franco-argentin, et mon cœur est à moitié européen à moitié latino) : Duerme Negrito. C’est une chanson qui serait originaire de la région frontalière entre la Colombie et le Venezuela, et qui a été magnifiquement interprétée par Mercedes Sosa. Pour ma part, j’adorais la mélodie, le rythme mais les paroles ne collaient pas à ma réalité, et cela me gênait. Il faut préciser que cette chanson évoque l’esclavage, et raconte l’histoire d’un bébé noir qui tarde à trouver le sommeil et de sa maman qui travaille durement aux champs, sans être payée, malade et veuve. Un jour, dans un moment de plénitude et de connexion avec le bébé et son Papa, je me suis laissée portée par la mélodie, je me suis sentie inspirée et portée par une certaine magie, et les mots sont venus, mes propres mots, puis ceux de son Papa. Et lui et moi avons commencé à créer SA chanson, avec des paroles venues de nos cœurs et de nos tripes. A de nombreux moments depuis, nous inventons de nouvelles paroles, nous améliorons notre version initiale, nous sommes en bonne voie pour créer SA chanson et nous en sommes remplis de joie !

Ci-dessous, voici le texte initial de la chanson, et notre version en construction J

 

Duerme Negrito

 

Duerme, duerme negrito,
Que tu mamá está en el campo,
Negrito.
Duerme, duerme negrito,
Que tu mamá está en el campo,
Negrito.

Te va a traer codornices para ti,
Te va a traer rica fruta para ti,
Te va a traer carne de cerdo para ti,
Te va a traer muchas cosas para ti.

Y si el negro no se duerme,
Viene el diablo blanco
Y ¡zas! le come la patita,
Yakapumba yakapumba,
Apumba yakapumba,
Yakapumba yakapumba.

Duerme, duerme negrito,
Que tu mamá está en el campo,
Negrito.

Trabajando,
Trabajando duramente,
Trabajando, sí,
Trabajando y no le pagan,
Trabajando, sí,
Trabajando y va tosiendo,
Trabajando, sí,
Trabajando y va de luto,
Trabajando, sí,
Pal negrito chiquitito,
Trabajando, sí,
Pal negrito chiquitito,
Trabajando, sí,
No le pagan, sí,
Duramente, sí,
Va tosiendo, sí,
Va de luto, sí.

Duerme, duerme negrito,
Que tu mamá está en el campo,
Negrito.
Duerme, duerme negrito,
Que tu mamá está en el campo,
Negrito.

Duerme mi Niño

 

Duerme, duerme mi niño
que el Sol està bajando,
Niñito.
Duerme, duerme mi niño

Que la Luna estèa subiendo.

Afuera estàn el Sol y la lluvia,

A fuera estan el mar y la sierra,

A fuera estan los arboles et flores

A fuera estan los pequeños animales

Y si mi niño no se duerme,
viene la cucaracha,
Y ¡zas! le sube en la pansita,
Yakapumba yakapumba,
Apumba yakapumba,
Yakapumba yakapumba.

Duerme, duerme mi niño,
que estamos acunando,

Duerme, duerme mi niño,
que te estamos cuidando,

Duerme, duerme mi niño,
que la vida te esta esperando,

Mi niño

 

 

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