Pourquoi je dis la vérité ?

Je me suis rapidement positionnée : je dirai la vérité à toute personne qui me posera la question. Ainsi, tout au long de ma grossesse, lorsque la question a émergé dans les conversations _ le fameux « Et tu accouches où ? » venant de façon surprenante et quasi systématique sur la table_ et que Nicolas était à mes côtés, je sentais son regard. Il me laissait répondre. Et je répondais simplement : « nous accouchons à la maison ».

J’ai naturellement et volontairement fait le choix d’être transparente sur notre projet d’accouchement à domicile, de le présenter à la lumière du monde, bien que consciente des peurs que certaines personnes, déjà mères, futures mères, femmes, hommes, allaient facilement projeter sur nous. Alors, pourquoi ai-je fait ce choix-là au risque d’exposer ma bulle de confort et de sécurité à de potentielles secousses ?

De façon consciente, j’ai choisi de dire la vérité pour INFORMER. Il y a environ un an, ma belle-sœur nous annonçait sa grossesse et partageait avec nous son projet d’accouchement à domicile. A cette époque, je n’étais pas du tout informée de cette possibilité et des conditions qui encadraient cette pratique. Je trouvais ce projet irresponsable, avec à l’appui le témoignage de toutes mes copines ayant accouché en structure médicalisée et ayant vécu un accouchement difficile voire risqué pour la maman et le bébé (et malheureusement, elles sont nombreuses). A l’inverse, ma belle-sœur dégageait une confiance absolue dans sa capacité et celle de son bébé à venir au monde dans l’intimité du domicile. Lorsque je suis tombée enceinte à mon tour, et que nous nous sommes rendus Nicolas et moi à une journée d’information lors de la Semaine mondiale de l’accouchement respecté, j’ai réalisé que j’étais à un niveau zéro de connaissance sur tout ce qui concernait l’accouchement et la naissance. Je découvrais le métier de sage-femme, la notion de projet de naissance et bien d’autres choses encore. Nicolas et moi avons aussi à cette occasion visionné le documentaire « L’Arbre et le Nid », dans lequel des familles québécoises sont suivies dans leur aventure de l’accouchement à domicile, dans des maisons de naissance et à l’hôpital. Le Collectif de Défense de l’Accouchement à Domicile était aussi présent pour répondre à nos questions. S’en sont suivis de nombreux témoignages de parents présents dans la salle de projection et qui avaient fait le choix d’accoucher en maisons de naissance ou à la maison. Le principal message que j’ai retenu de la soirée a été que toute femme a le droit de choisir l’accouchement qu’elle désire (et donc pas forcément l’accouchement à domicile) ; l’important étant que les futurs parents, et en particulier les futures mamans, soient informés de toutes les possibilités et les conditions associées à chaque type d’accouchement qui s’offrent à eux. Maintenant que je me considère informée sur l’accouchement à domicile à quelques jours de vivre cette expérience, je continue à observer, aux détours des conversations, par des regards ou des mots échappés (le dernier en date, provenant d’une amie proche : « oh non Blandine, ne me dis pas que tu vas faire ça » le « tu es folle » était pensé tellement fort que je l’ai entendu), que le manque d’informations est considérable autour d’un acte tellement important : donner naissance à son enfant.

J’ai aussi choisi de dire la vérité pour SENSIBILISER. parce que nous sommes si peu nombreux à choisir ce mode d’accouchement (nous ferions partie des 1% des couples français qui optent pour l’accouchement assisté à domicile, chiffre difficile à confirmer), parce que qu’un accouchement assisté à domicile préparé sérieusement et encadré par une sage femme ne présente pas plus de risques pour une grossesse normale qu’un accouchement réalisé dans une structure médicalisée, parce que le métier des sages femmes qui accouchent à domicile est en danger et que ces personnes font un travail formidable, parce que des violences obstétricales sont vécues par les femmes lors de l’accouchement et passées sous silence (le blog « Marie Accouche-là » est une référence sur ce sujet), parce que je crois profondément au bienfondé et à la valeur de cette démarche.

Enfin, de façon inconsciente au départ, j’ai choisi de dire la vérité pour ME PREPARER. En parler ouvertement m’a aidé à me préparer à l’expérience, à me projeter, à nourrir ma confiance en moi. En me positionnant, en assumant mon choix, j’ai senti au fil de ces mois que je développais ma force et ma puissance féminines, deux qualités qui vont m’être au combien utiles le jour de mon accouchement.

Laisser un commentaire